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A sauts et à gambades

  • Un livre deux tableaux - Les Ciels de Tiepolo

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    Chez Tiepolo la couleur est comme déplacée, par rapport aux propositions de la nature, elle ne dit plus le vert du feuillage, la teinte jaune des fruits, elle a des jaunes acides, des roses, des mauves comme la terre n’en offre guère, et qui suggèrent plutôt de luxueuses étoffes teintes, comme si le Ciel s’était revêtu des parures de la Venise festive qui a commandé nombre de ces peintures."

    Olympe - Musée du Prado - Giovanni Battista Tiepolo

     

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    Persée et Andromède - Frick Collection New York 


    " Si les ciels ne sont pas d’abord lumière, ils ne sont pas les cieux. Toujours cette merveilleuse clarté et cette intense luminosité des plafonds de Giambattista Tiepolo. La profondeur des cieux ne peut être rendue sensible que par un appâlissement des coloris. Des teintes sombres refermeraient l’espace, feraient voûte, barreraient le regard qui n’aurait jamais l’impression de plonger dans l’infini céleste. Au contraire une certaine pastellisassion des couleurs recule l’horizon, ouvre les perspectives."

     

    Le livre :  Les Ciels de Tiepolo - Alain Busine - Gallimard

  • Les Yeux de Mona - Thomas Schlesser

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    Une jolie histoire de transmission entre une petite-fille qui va peut-être perdre la vue et son grand-père passionné de peinture.
    Pour qu’elle garde en tête les peintures qu’elle aura vu il va l’emmener partout.
    Du Louvre à Orsay au Centre Pompidou.

    A 10 ans, Mona n’a jamais couru les musées, il est temps de le faire pour engranger des souvenirs en attendant la nuit. 
    Son grand-père « Dadé » truande un peu, annonçant qu’il l’emmènera chez le psychologue pour l’aider à supporter l’épée de Damoclès au-dessus de sa tête
    En fait pour qu’elle garde en tête les peintures qu’elle aura vu il va l’emmener partout.

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    52 semaine pour l’année, 52 chef-d ’œuvres à découvrir.
    Un peu au hasard :
    Vermeer, Botticelli, Turner, Monet, Manet,Degas, Picasso

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    Comment éveiller la curiosité de Mona, quels mots employés ; comment la guider.
    Un rien érudit le grand-père sait capter son attention.

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    Thomas Schlesser, historien de l’art écrit habituellement des essais pour les amateurs d’art de tout poil.
    Barnes & Noble, lui a décerné son prix « Book of the year », , sorti outre-Atlantique le livre a figuré plusieurs mois au top 10 des ventes du New York Times.

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    Son livre à une forme très classique, si autrefois vous avez lu le Monde de Sophie, on est sur la même veine et la même forme. Un érudit ouvre les portes d’un monde à une novice.

    La première visite se passe au Musée du Louvre, devant Vénus et les trois Grâces offrant des présents à une jeune fille de Botticelli. Jamais je ne suis allée au Louvre sans m’arrêter devant cette fresque qui chaque fois m’émeut.

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    Bienveillance, tendresse et érudition, aptitude à parler de peinture, voilà les secrets de ce duo.
    Laissez-vous tenter et déambulez d’une salle à l’autre, d’un musée à un autre, d’une période à une autre.

    Cicerone pédagogue le grand-père y met du sien, du coup cela est tout aussi accessible à Mona qu’aux lecteurs néophytes en matière d’art quitte parfois à agacer les gardiens.
    C’est intéressant et réussi à une seule condition : répartir les visites sur un temps assez long pour ne pas être victime de ras le bol.
    Ralentir quand il le faut, revenir en arrière, s’attarder si besoin.

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    J’aime la peinture et donc la plupart de ces œuvres m’étaient connues, mais en parler c’est une autre paire de manches.
    Entre regarder même attentivement et décrire ce que l’on voit, exprimer son admiration, j’ai été sensible aux leçons d’observation données, pourquoi nous arrêtons nous devant ce tableau-là ? pourquoi un détail vous reste en mémoire indéfiniment ? pourquoi l’émotion se lève devant tel tableau ?

    Thomas Schlesser a réussi son pari de passeur, il donne envie de se précipiter au musée.
    Un livre qu’il faut mettre dans la bibliothèque de vos enfants et sans rien dire aller grapiller quand l’envie vous en prend.

    Un petit podcast pour compléter la lecture 

     

  • Les Pauvres gens - Fiodor Dostoïevski

     

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    Quand on a lu les principaux romans d’un auteur, il reste ses écrits plus anciens, pas forcément les meilleurs mais l’on a plaisir à découvrir l’auteur un peu balbutiant, un peu maladroit parce qu’on sait ce qu’il adviendra.

     Les Pauvres gens est le premier roman de Dostoïevski, il a obtenu un succès immédiat alors qu’il n’a que 25 ans.

    Le style est déjà là, ce roman épistolaire contient en germe ce que l’on retrouvera plus tard dans son œuvre.

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    Le récit tourne autour de deux personnages : Varvara Dobrossiolova et Makar Dévouchkine.

     Lui est un petit fonctionnaire toujours sur la corde raide question finance, il est plus âgé qu’elle.
    Varenka est une lointaine cousine à la santé précaire, une orpheline qui vit dans une pauvreté terrible et qui a été déshonorée par un riche propriétaire terrien.

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    Caricature du fonctionnaire 

    Makar vit dans un logement collectif sans aucun confort, bien qu’en difficulté il tente d’aider Varenka. Il est touché par son courage, il dépense jusqu’à son dernier kopek pour lui faire quelques cadeaux.

     

    Au fil de leur correspondance se dessine une affection sincère et profonde même si elle est faite de non-dits et de silences.
    « L’existence est moins lourde quand on la supporte à deux. »

    Ils font état de leurs craintes, de leurs difficultés, ils se livrent avec sincérité et humilité, Makar se traite d’ignorant, Varenka dit « Ah ! mon ami ! le malheur est une maladie contagieuse. » Chacun devient le confident de l’autre.

    On a au fil du récit le sentiment d'avoir affaire à des personnages aux abois, et cette impression va crescendo.
    Mais Varenka sait ce qu’elle veut ce qu’elle est prête à accepter et le dénouement final n’a rien de glorieux.

     

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    André Markowicz le traducteur 

    A travers leur lettres Dostoïevski dresse un tableau un rien sordide de la vie à la russe, la lutte quotidienne pour manger, se loger, se vêtir, bref vivre.
    Il décrit merveilleusement bien l’univers « des petits, des sans grade » ces êtres pitoyables qui gravitent autour des personnages principaux : un écrivain raté, un commerçant indélicat, une tante qui est un monstre d’égoïsme.

    Son analyse de l’âme humaine présente déjà toutes les contradictions que l’on rencontrera dans ses grands romans. Culpabilité et péché, orgueil ou rédemption.

    L’auteur exagère les émotions, l’amour de Makar est profond et intense,
    « Dès que je vous ai connue, d'abord, j'ai commencé à mieux me connaître moi-même, et je vous ai aimée ; et avant vous, mon petit ange, j'étais solitaire, c'était comme si je dormais, je ne vivais pas au monde. »

    Le rythme des phrases accentue l’impression de tourment qui assaille les personnages et donne cette sensation de percer l’âme humaine ce qui sera le propre de Dostoïevski.

    La traduction de Markowicz rend parfaitement l'esprit torturé de l'écrivain et apporte tout ce qu’il faut au lecteur pour se laisser séduire par ce roman.

     

    Le Livre : Les Pauvres gens - Fiodor Dostoïevski - Traduction André Mar­ko­wicz  -  Actes Sud

     

  • Celle-qui-sait-les herbes - Marc Graciano

    graciano

    Si vous venez régulièrement sur ce blog vous connaissez l’auteur.
    J’aime les sujets de ses romans, j’aime son écriture même quand elle est un rien difficile.

    Je ne l’avais pas lu depuis ses romans sur Jeanne d’Arc j’étais heureuse de le retrouver.
    On fait un bond en arrière car nous voilà au temps des premiers hommes. Enfin pas tout à fait les premiers, le feu est déjà là, l’agriculture commence, les voyages se développent.

    graciano

    Faisons connaissance avec deux protagonistes dont nous ne connaitrons jamais le nom.
    Il y a une vieille chamane et celui dont elle doit faire son successeur. Il sera son disciple il doit être formé.

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    Au fil des pages se fait l’initiation du jeune homme, il apprend à respecter la nature, à desceller les signes annonciateurs de nourriture ou de danger, ceux indiquant la présence d’autres hommes.
    Sa charge sera lourde « Je ne devrais pas à l'avenir uniquement me préoccuper de la santé des gens, mais aussi de tout ce qui existe et nous entoure, en particulier de ces animaux qui depuis des temps immémoriaux assurent la survie de notre peuple, et avec qui, désormais, nous sommes pour ainsi dire en parenté. »

    La vieille chamane lui confie une mission tu dois « caresser le monde ».
    « Et je sentis alors monter dans mon cœur et dans tout mon corps, et bien sûr dans mon esprit, une grande allégresse. »
    Ils entreprennent un long voyage. Lui découvre la mer, il développe son rôle protecteur en construisant un radeau, un abri où trouve refuge une enfant prise son aile, Nuage une enfant silencieuse. Le duo devient trio.

    graciano

    La vie sauvage n’est jamais loin « Les loups se déployèrent en un cercle presque parfait et entamèrent en jappant une ronde autour d'elle »
    La prêtresse va passer le flambeau à celui qui n’a pas de nom.

    graciano

    J’aime l’écriture de Marc Graciano, des chapitres courts, le choix des mots et la poésie qui passe par là.
    « Le matin, au jusant, dans une lumière blême, avant que l'astre radieux ait réapparu par-dessus la pinède qui s'étendait derrière le cordon dunaire, et que ses rayons soient passés par-dessus la dune pour éclairer les flots, mais alors, à la différence du couchant, d'une lumière rose plutôt que rouge, Grande-Rivière, qui se retirait, laissait derrière elle une surface plate de sable humide et frais. »

    Des répétitions nous disent l’apprentissage avec une cadence pleine d’énergie.
    La langue est parfois émaillée de tournures rares et parfois très anciennes.
    J’ai pris un grand plaisir à cette lecture.

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    Le livre : Celle-qui-sait-les-herbes – Marc Graciano – Editions du Tripode

  • Djamilia - Tchinguiz Aïtmatov

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    Petit roman ou grande nouvelle, ce récit est celui par lequel l’auteur s’est fait connaître en France.
    C’est Manou qui m’a donné envie de lire ce roman dont Aragon disait que c’était la plus belle histoire d’amour qui soit. Avec un laisser passer comme celui-là le succès est assuré.

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    Rendez-vous au Kirghizistan en temps de guerre.
    Voilà le village,l'aïl, entre la Chine et le Tadjikistan.
    Ce que j’ai le plus aimé dans ce roman et bien ce n’est pas le lien qui unit Djamilia et Daniiar , les amoureux non c’est le pays où ils vivent, la steppe qu’ils traversent, la nature qui les entoure et qui momentanément peut leur faire oublier la guerre et ses dangers.

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    Le film tiré du livre 

    On y entend la voix des vieux restés au pays, des jeunes partis loin de leurs champs de leur ferme.
    Djamilia est mariée et son époux Sadyk est au front. Elle prend sa place dans le transport des denrées qu’ils doivent envoyer au front et Daniiar le frère de son mari va l’accompagner dans cette mission épuisante et dangereuse.

    Daniiar est fier, blessé au début du conflit, c’est un taiseux, il porte un regard aigu sur toutes choses, derrière ce vernis un peu hautain il cache orgueil, fierté et sens du devoir.
    Profitons-en pour jeter un petit coup d’œil sur la steppe, sur la nature qui tressaille.
    Tout cela donne à Daniiar l’envie de chanter.
    Les chants qu’il entonne font vibrer les cœurs, à travers eux c’est la vie nomade qu’il se rappelle, l’exaltation transmises par les ancêtres, le bonheur de suivre les chemins, de s’inventer un ailleurs.

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    Dans ce pays de traditions, l'intrigue amoureuse n'arrive pas d'emblée et prend du temps à s'installer.
    Djamilia est une femme fière et forte, pleine d’énergie, qui sait se faire obéir. Son grand-père lui a appris à conduire les troupeaux de chevaux sauvages, elle excelle, Djamilia est belle avec ses nattes, sa peau burinée par le vent et le soleil quand Djamilia sourit elle dit tout de son ardeur, de sa joie de vivre.

    Djamilia est seule et petit à petit le nouveau venu s’impose à elle.
    L’auteur avec beaucoup d’astuce nous raconte cet amour débutant par l’intermédiaire du frère Seït qui veille sur Djamilia sa Djéné ( sa belle sœur).

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    Le frère observe tout mais ne comprend pas immédiatement ce qui se passe. N’oublions pas qu’on est en pays musulman et le divorce est totalement tabou. Djamilia va se révéler et Seït va lui aussi suivre une voie que l’on n’attendait pas en se tournant vers le dessin et la peinture, le couple amoureux vivra-t-il à travers l’art de Seït.

    J’ai beaucoup aimé la langue de Tchinguiz Aïtmatov, les tournures de phrases parfois surprenantes, ses descriptions de la rudesse des hommes et femmes, de la dureté du pays.

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    Le Livre : Djamilia -  Tchinguiz Aïtmatov – Éditions Folio

  • Les poètes et le printemps

    Bon j'avoue je n'aime pas Michel Houellebecq, je n'aime pas ses romans, je n'aime pas sa voix, bref je bloque.

    Seulement voilà il arrive que l'on fasse fausse route et là je viens de me prendre un mur, ce week-end en lisant le numéro de La Croix j'ai découvert un poème de Houellebecq et je dois dire que ça a fait tilt.

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    Ukraine ©AFP - Aris Messinis / AFP

    Je ne résiste pas à l'envie de vous le faire partager pour que si vous êtes comme moi avec des à priori et bien lisez ce qui suit 

    Nous avons traversé en ombres maladives
    Tous les effondrements d'un monde comdamné
    Nous avons bien souvent regretté d'être nés
    Dans un pays maudit, une époque tardive.

    Nos ancêtres ont failli, n'ont laissé que décombres
    Pour marquer leur passage
    Et nous avons vécu la pauvre vie des ombres
    Sans amour, sans partage.

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    Iran 

     

    Aucun d'entre nous n'a réussi
    A reformer des liens sensibles
    Nos corps écrasés, aplatis,
    Secoués de convulsions pénibles

    Traversent lentement les contrées solitaires,
    De pâles survivants regroupés en factions
    Consentent sans un mot à leur disparition,
    Au terne écrasement d'une mort ordinaire

    Avant de crier de terreur
    Devant l'abîme sans pardon,
    De se voir refuser le don
    D'un dernier instant de bonheur.

     

    Le livre : Combat toujours perdant - Éditions Flammarion